Récits en friche

Tiens je vais écrire un truc. Sinon ma mère va encore me faire chier.

19 novembre 2007

N°5

    C'est drôle. Maintenant qu'on a commencé, il me semble qu'on aurait pu prendre ce récit par un autre bout. J'aurais pu par exemple éviter de parler de ma mère et débuter par une scène mystérieuse qui accroche bien le lecteur ; un cauchemar, voilà qui aurait pu être efficace pour capter l'attention, imagine un peu :

    " Il était deux heures quatre du matin lorsque Benjamin Lebrac se redressa sèchement dans son lit, inhalant avec violence comme au sortir d'une longue apnée (en fait il était deux heures une mais le radio-réveil prenait régulièrement de l'avance, ce qui obligeait le jeune homme à le régler tous les dimanches). La transpiration plaquait le drap gluant sur son torse.

    Il passa la main sur la place à côté de lui : le lit était vide et frais, la maison était silencieuse. Mal éveillé, il se demanda ce qui avait bien pu foirer dans sa vie. Fut-ce un effet du réveil en sursaut ? Son cauchemar lui avait-il donné un indice ? Toujours est-il qu'il repéra l'instant T avec précision, sut immédiatement comment rectifier le tir et le désira avec une force peu commune. C'est à cet instant précis que l'univers implosa dans un bruit de baudruche se dégonflant.S'il y avait eu un seul survivant, il n'aurait pas manqué d'en rire."

    Voilà qui nous aurait fait un début tout-à-fait potable, hormis cette désastreuse parenthèse sur le radio-réveil dont on aurait pu se passer. D'ailleurs j'y pense, cela pourrait faire une fin tout-à-fait potable. Il y a un mystère à éclaicir, une ligne narrative claire, bref ce serait véritablement idiot de se priver d'une telle fin, et je ne sui pas véritablement idiot. Ou alors on aurait pu prendre le récit en plein déroulement. Par exemple, Benjamin aurait pu être un jeune homme sûr de lui, plein d'ambition et nous l'aurions surpris pendant un entretien d'embauche.

    Mieux, on pourrait présenter le personnage par l'entremise des gens qui viennent de le découvrir : rien de mieux qu'un avis objectif pour présenter un personnage étrange. Aloirs voilà, vlan, Benjamin vient de fermer la porte.

    " - On a vraiment entendu la même chose ? demande le petit gros en costume gris.
    - Je sais pas, répond son acolyte qui n'est pas plus grand ni moins gros, et qui porte aussi un costume gris, mais en fait ils sont vraiment différents de visage.
     - Ca te fait quoi ? demande le petit gros.
     - C'est effrayant, répond le gros petit.

     Et en effet ils doivent ressentir une émotion forte puisqu'ils ne pensent même pas à l'exprimer, ils dialoguent sur un ton parfaitement monocorde.

     - Il est engagé alors ?
     - Oui.
     - On lui donne quoi comme poste ?
     - Je sais pas. Tout ce que je sais c'est que personne doit nous le piquer.

    Sur le parking, Benjamin ouvre la portière de sa voiture neuve en souriant. C'est une belle sportive et pour l'acheter il a fait un emprunt en mentant éhontément sur ses revenus. C'est d'ailleurs ce qui le fait sourire, il est sûr que son mensonge n'en est plus un, il l'a lu dans les yeux des petits gros. Le plan fonctionne à merveille."

    Magnifique non (à part la description  des deux personnages je suis bien d'accord, mais si je n'en mettait qu'un il n'y aurait pas eu de dialogue possible, et mon expérience me porte à penser que les DRH sont des petits gros. Sauf les femmes, mais c'est juste une question d'accord) ? Il y a dans ce début un parfum énigmatique, on frôle même la paranoïa avec ce complot que semble ourdir le héros.

     En y pensant un peu plus avant, je ne suis plus sûr d'avoir fait le bon choix en ce qui concerne mon incipit, quoique je puisse utiliser encore les deux passages que je viens d'écrire et qui, associés, enrichissent singulièrement l'intrigue : il y plan et il y a erreur, deux données qu'il va falloir éclaircir prestement puisque leur association est à l'origine de la fin du monde. Ca me fait presque peur.

Posté par MonsieurMonsieur à 00:07 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    et la suite?

    Posté par cécile, 06 mars 2008 à 00:13

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